Une deuxième vie pour des petits articles diffusés sur Radio 16 dans l'émission "Les Rendez-vous d'Uranie". ... Et finalement, quelques autres travaux sur l'astronomie.
Nommer les astres n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser et la précision astronomique est loin de s’appliquer quand il s’agit de langage. Une nébuleuse, par exemple, désigne-elle un objet diffus ou bien une galaxie toute entière dont les contours sont flous ? Ajoutons-lui le qualificatif de « planétaire », s’agit-il alors d’un vague ensemble de planètes, d’une galaxie de planètes ? Rien de tout cela en fait et le tour viendra un jour de faire la lumière sur ces exemples d’objets aux dénominations trompeuses, ou plus exactement, variables selon les siècles et les évolutions des sciences de l’univers.
Un mot très vieux et très commun aurait semblé mieux établi dans son sens, c’est le mot « planète ». Utilisé depuis l’Antiquité, il évoque en nous un autre monde, une de ces sphères que l’Homme commence à « toucher » avec ses sondes. En bref, que notre idée en soit vague ou plus précise, lorsqu’on parle de planète, on ne s’arrête pas à lever d’éventuelles ambiguïtés de sens. Le livre d’André Brahic « Planètes et satellites », paru à la fin de 2001, aborde les planètes en décrivant quelques caractéristiques générales et en insistant sur les différences plutôt qu’en donnant une définition de l’objet principal de son ouvrage. De fait, on ne définit pas le mot planète ailleurs que dans un dictionnaire !
Les choses vont ainsi jusqu’à la fin du mois d’août 2006.
Réunis à Prague en assemblée générale, les astronomes de l’Union Astronomique Internationale décident de réduire le nombre des planètes du Système solaire de neuf à huit en supprimant Pluton de la liste. On pouvait ne s’attendre qu’à l’indifférence de l’opinion à l’annonce de cette mesure technique, voire sémantique. On pouvait penser que l’information ne se serait que lentement diffusée au travers des revues spécialisées et des livres à écrire. Il n’en fut rien : tous les médias l’ont annoncé dans les dix jours qui ont suivi et beaucoup de par le monde se sont émus du statut jugé dégradant de l’objet lointain. Du côté américain, patrie de son découvreur Clyde Tombaught, on a protesté en affirmant « planète d’un jour, planète toujours » !
La décision de l’UAI n’avait plus qu’à être bien argumentée pour s’imposer !
On pourra utilement rappeler le contexte de ce changement pour évoquer, ensuite, la nouvelle définition des planètes.
Le mot grec « planêtês » signifie « errant », « en mouvement ». Il a permis de désigner les astres qui, ressemblants aux étoiles, n’avaient pas pour autant, de positions fixes dans la sphère céleste. Ainsi, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne ont toujours été nommé « planètes », alors même qu’au fur et à mesure des observations et des progrès de l’optique, on constatait d’importantes différences entre ces objets. Qu’est-ce qu’il y a de commun en effet entre Jupiter, la boule géante de gaz, et la Terre ? Au contraire, Jupiter n’aurait-il pas plus de points communs avec notre étoile le Soleil qu’avec notre planète ?
C’est que, depuis la nuit des temps jusqu’à ces toutes dernières années, la seule caractéristique qui distinguait les points de lumières accrochés au firmament était qu’ils soient fixe ou mobile. Ils étaient alors étoiles ou planètes.
En 1930, Clyde Tombaught découvre Pluton. C’est alors le plus petit et le plus lointain des astres non stellaires. On estime mal sa dimension, mais l’objet s’impose d’emblée comme la neuvième planète du Système solaire. Son orbite est excentrique au point de repasser, parfois, à l’intérieur de celui de Neptune. Sa taille est inférieure à la moitié de celle de Mercure, et, en 1978, on lui découvre un satellite : Charon, qui tourne autour de Pluton presque autant que Pluton autour de Charon.
La petite planète étrange. En fait, elle a des particularités comme chacune de ses huit autres consœurs.
Le dessin de notre Système semble bien établi. Le début du XXIème siècle va pourtant en changer la perspective.
Déjà, le 30 août 1992, deux astronomes de l’Institute for Astronomy d’Hawaï découvrent un petit objet de 120 km de diamètre au-delà de l’orbite de Neptune.
En juillet 2001, dans la même lointaine région, on découvre Ixion, un astre de 1055 km de diamètre ; en novembre, Varuna est détectée avec une taille de 1000 km ; puis Quaoar, en octobre 2002, avec 1280 km.
En 2003, c’est la célèbre Sedna s’ajoute à la liste avec 1700 km. L’objet supposé le plus gros, avec 1880 km de diamètre est découvert en 2004. Orcus n’est pas bien loin des 2300 km de Pluton.
Tous ces petits objets, baptisés alors petites planètes ou planètes naines, allongent la liste et défigurent la typologie établie des planètes. Par ailleurs, depuis 1995, on découvre des quantités de planètes autour d’autres étoiles. Ces astres ajoutent à l’exotique de nos objets transneptuniens. On finit par appeler « planète » tout ce qui n’est pas « étoile » et le sens porté par le mot en souffre.
Le problème prend toute son ampleur lorsque le 5janvier 2005, on découvre UB 313 Eris, qui, avec ses 2600 kilomètre de diamètre, dépasse la taille de Pluton. Ainsi, l’Union Astronomique Internationale réunie à Prague en cette fin d’août 2006 inscrit-elle la question à son ordre du jour. 2500 astronomes de 75 nations différentes planchent sur la question et définissent pour la première fois ce qu’est une planète, et par conséquent, ce que ce n’est pas.
« Une planète est un corps céleste qui possède suffisamment de masse pour que sa propre force de gravitation surmonte les forces rigides de corps de sorte qu'il assume une forme hydrostatique d'équilibre (presque ronde), et est en orbite autour d'une étoile, et n'est ni une étoile ni un satellite d'une planète. »
L’Union Astronomique Internationale définit une planète selon trois critères principaux :
- le corps céleste assez massif pour que sa gravité lui confère une forme presque sphérique. La taille minimale d’un tel corps se situe autour de 800 km, en fonction de sa densité. Pallas, Vesta, et/ou Hygeia sont sphériques ; elles sont donc également des planètes, et sont nommées "planètes naines".
- Il doit être en orbite autour d’une étoile. Tous les astres qui ne sont pas des planètes et qui orbitent autour du Soleil sont des "Petits Corps du Système Solaire" (Small Solar System Bodies).
- Il ne doit être, ni une étoile, ni un satellite d’une planète. Pour un système de plusieurs objets, l'objet primaire est désigné comme planète s'il satisfait indépendamment aux conditions déjà précisées. Un objet secondaire remplissant ces conditions est également désigné comme planète si le centre de gravité de l’ensemble est situé au-delà du primaire. Les objets secondaires qui ne remplissent pas ces conditions sont des "satellites". Ainsi, Charon, le compagnon de Pluton est une planète. Le duo Pluton-Charon une planète double.
La définition n’est pas très restrictive, alors on ajoute des critères correctifs :
Le caractère historique vient au secours de la définition scientifique !
« Nous distinguons les huit planètes classiques découvertes avant 1900, qui se déplacent dans des orbites presque circulaires près du plan de l'écliptique, et d'autres objets planétaires en orbite autour du Soleil. Tous ces autres objets sont plus petits que Mercure. Nous reconnaissons que Cérès est une planète par la définition scientifique ci-dessus. Pour des raisons historiques, on peut choisir de distinguer Cérès des planètes classiques en se référant à elle comme "planète naine".
Qu’en est-il de Pluton ?
« Nous reconnaissons Pluton comme une planète par la définition scientifique ci-dessus, de même qu'un ou plusieurs grands objets Trans-Neptuniens récemment découverts. Contrairement aux planètes classiques, ces objets ont habituellement des orbites fortement inclinées avec de grandes excentricités et des périodes orbitales supérieures à 200 ans. Nous désignons cette catégorie d'objets planétaires, dont Pluton est le prototype, comme nouvelle classe que nous appelons des "plutons". »
La plupart des astéroïdes entre dans cette catégorie ; qu’il s’agisse des objets proches de nous, des troyens de Mars, Jupiter et Neptune, la plupart des Centaures et des objets trans-neptuniens.
La famille des planètes solaires se réduit bien à huit membres. Si ces astres sont plus petits, mais montrent un comportement « classique », il s’agit de planètes-naines. Les planètes naines les plus lointaines et les plus marginales ou excentriques sont des plutons. Tous les autres petits objets qui tournent autour du Soleil sont des « petits objets du Système solaire ».
Ainsi, depuis la fin de l’été 2006, le cosmos est bien rangé. Tenant d’une organisation quasiment familiale : l’âge du statut, l’importance et le comportement déterminent la place à la table de l’UAI. On aurait pu souhaiter des critères plus rigoureux et plus « mathématiques ». Il faudra se faire à ceux-là, jusqu’aux prochains bouleversements des connaissances auxquels la terminologie devra s’adapter avec, espérons-le, plus de bonheur.