Une deuxième vie pour des petits articles diffusés sur Radio 16 dans l'émission "Les Rendez-vous d'Uranie". ... Et finalement, quelques autres travaux sur l'astronomie.
Evoquer l’astrologie dans une émission d’astronomie est une affaire délicate car la prise de position semble inévitablement contenue dans le sujet et la polémique imparable.
Un article m’a pourtant incité à traiter le sujet. Il s’agit d’un texte de Daniel Kunth. Daniel Kunth est astronome à l’Institut d’Astrophysique de Paris et Directeur de recherche au CNRS. Il est bien connu pour être l’inventeur de la Nuit des étoiles et pour son action de vulgarisation de l’astronomie et des sciences en général. Catherine Cesarsky, présidente de l’Union Astronomique Internationale (UAI), lui a demandé de rédiger un texte pour l’Année Internationale de l’Astronomie en 2009 ; son titre : « Les astronomes réfutent l’astrologie ».
On comprend bien le mérite de cette initiative à une époque où l’astrologie prend une tournure industrielle dans nos journaux et nos radios et où certains praticiens de cet art se laissent tenter par un habillage scientifique qui donnerait crédit (à tous les sens du terme) et honorabilité à la profession. On peut citer l’exemple d’Elisabeth Tessier dont la thèse de doctorat obtenue en 2001 porte sur la « situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination/rejet dans les sociétés postmodernes ». Le cas est typique de l’entretien de la confusion. Il ne s’agit pas d’une thèse d’astrologie, mais de sociologie. Le docteur Elisabeth Tessier, astrologue, a donc acquis le titre cité, non dans son domaine d’activité principale, mais en sociologie ; son étude porte sur l’aspect social du phénomène astrologique.
L’article de Daniel Kunth « les astronomes réfutent l’astrologie » porte donc un titre sans surprise, à la différence du contenu qui ne manque pas de venir frapper les écueils éculés de la polémique en la matière. Il est toujours étonnant de voir le scientifique condamner une discipline non scientifique avec des arguments qui se veulent rationels, mais qui relèvent de la partialité d’une opinion. D’où ce petit travail de distinction entre l’astrologie et l’astronomie, en reprenant les affirmations des astronomes en ce qu’elles ont de faillible et en pointant ce qui fait, réellement, que l’astrologie n’est pas l’astronomie et vice-versa.
Principalement, l’astronomie attaque l’astrologie en ses fondements sur deux points : son caractère zodiacal et les influences.
Sur le caractère zodiacal, on peut dire que cette discipline est née chez les Sumériens ou Chaldéens il y a environ cinq mille ans. A cette époque, l’axe de rotation de la Terre n’était pas orienté comme il l’est aujourd’hui. La précession des équinoxes est telle que les constellations se sont déplacées de 30° environ sur l’écliptique. Ainsi, un natif du Bélier à notre époque n’a pas le Soleil dans sa constellation. Le Soleil est dans la constellation des Poissons.
Par ailleurs, le Soleil, dans sa course annuelle, ne passe pas à travers douze constellations, mais treize. Que fait l’astrologie de la constellation d’Ophiucus ou Serpentaire ? Située entre le Scorpion et le Sagittaire, ce treizième signe gène-t-il la symbolique zodiacale ?
La durée d’un signe astrologique est d’un douzième d’année or la taille des constellations n’est pas égale : le Soleil passe ainsi dix jours dans le Scorpion et deux mois dans la Vierge.
Les constellations du zodiaque sont censées déterminer le devenir des êtres humains par la vertu de leurs influences. Or ces constellations sont des constructions imaginaires inventées par l’homme. Les étoiles qui les composent n’ont bien souvent aucun lien entre elles. Aucune des quatre forces connues (gravitationnelle, électromagnétique, forte et faible) ne s’exerce entre les astres, pas plus qu’entre les astres et la Terre.
Quant à l’influence des planètes, elle devrait varier en fonction de leurs distances. Mars, par exemple, passe de cinquante-six millions de kilomètres à quatre cent millions de kilomètres de la Terre pour les distances extrêmes. De façon plus courante, le rapport des distances entre la Terre et Mars varie de un à cinq.
Ces arguments semblent recevables parce que scientifiques. Mais à y regarder de plus près, ces torpilles manquent leur cible parce qu’elles négligent la nature même de l’astrologie.
Cette discipline est basée sur l’observation. Elle en déduit des liens entre les phénomènes célestes et la Terre.
Il est ainsi très naturel de n’avoir rien changé lorsque l’astronomie a établi l’héliocentrisme à la place du géocentrisme : pour l’astrologue, l’homme reste au centre de son univers d’observation.
Pour l’astrologie, les douze signes du zodiaque sont des zones dans le ciel et indiquent des directions dans l’espace. Malgré la précession des équinoxes, le printemps (le beau temps pour parler d’une réalité moins astronomique) arrive toujours, dans l’hémisphère Nord, quand le Soleil arrive dans le Bélier.
Ainsi, les arguments de non concordance entre les signes zodiacaux et les constellations tombent.
Quant aux influences des astres, elles ne correspondent pas à des forces comme la physique les connaît puisqu’il s’agit de relations établies entre les évènements célestes et terrestres. Comment pourrait-on condamner une discipline qui constate que le beau temps revient chaque année lorsque le Soleil arrive dans le Bélier et que l’apparition de Sirius dans le ciel de Méditerranée annonce les temps chauds (d’où le terme « canicule », du latin « canis », de la constellation du Grand Chien) ? … Car l’astrologie est née de ces observations !
Sur la relation de causalité, et pour revenir à l’article qui nous a inspiré, Daniel Kunth rejette le symbolisme astrologique en le faisant mentir :
« Prenons l’exemple de la planète Mars : pour l’astrologue, la couleur rouge évoque le sang qui coule, donc la guerre et, avec elle, la mort ; pour le scientifique, la couleur rouge peut avoir de multiples raisons causales ; seule l’expérience décide. Les premières missions spatiales vers Mars attestèrent la présence de fer à la surface de cette planète : la couleur rouge est due à l’oxydation du fer. Or cette oxydation requiert la présence d’oxygène, notamment sous forme d’eau. L’eau étant synonyme de vie sur Terre, se pose la question de l’existence de la vie sur Mars. La vie a-t-elle existé dans le passé ? Ces hypothèses ne pourront être tranchées que lors de prochaines missions exploratoires sur la planète rouge. Mars-rouge-guerre-sang et mort, chaîne symbolique qui fonctionne sur l’analogie fait place à Mars-rouge-fer-eau et vie, qui relève de stricts liens de causalité. »
notre astronome aurait pu aussi imaginer la chaîne Mars-rouge-fer-sol stérile et mort et faire ainsi concorder la chaîne causale et la chaîne symbolique.
Ce n’est donc pas en attaquant les fondements de l’astrologie qu’on la distingue de l’astronomie. C’est en établissant en quoi elle est différente.
L’astronomie étudie les astres, leurs mouvements, positions et compositions. L’astrologie observe le ciel et en dégage des conclusions sur l’avenir des hommes.
Le problème n’est pas astronomique ! Il porte sur l’interprétation, sur l’application des données à des prédictions dont les hommes sont les sujets.
La science astronomique n’est alors pas du tout concernée, pas plus que l’astrologie ne peut prétendre au crédit de la science astronomique.
Une science est basée sur une (des !) observation, validée de façon mesurable par l’expérimentation. Il n’en est rien pour l’astrologie.
En conclusion, nous pouvons dire que le problème posé entre l’astronomie et l’astrologie est un faux problème. Cela étant, il est bien légitime que l’astronomie veuille se distinguer de l’astrologie en ce que cette dernière tente d’usurper à la première. On peut seulement regretter que, bien souvent, elle le fasse si maladroitement.
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