Les Nouvelles de l’Espace
Octobre 2007
L’AMBITION DE L’ASTRONOMIE EUROPEENNE
Un événement vient de marquer l’astronomie européenne, et par là-même, l’astronomie tout court. Il s’agit de la publication d’un texte de 168 pages, tout compris, intitulé : « A science vision for european astronomy ».
C’est un texte fondamental parce qu’il engage, pour la première fois, tout ce que l’astronomie européenne compte comme ressources humaines vers une recherche concertée et organisée pour les vingt ans qui viennent.
Cette publication est encore plus intéressante lorsqu’on la replace dans le contexte de l’Histoire :
Les sciences naturelles suivent une longue tradition d’internationalisme. Ainsi, en astronomie, a-t-on vu émerger certaines régions du monde à la faveur d’esprits brillants, mais jamais un pays en particulier : il y a eu l’Orient, puis le monde méditerranéen, l’Orient à nouveau et l’Extrême-orient, puis vient le tour de l’Europe qui arrive au premier plan à partir de la Renaissance. Les motivations sont à peu près identiques, indépendamment des Etats.
Depuis Copernic, Tycho, Képler et Galilée, l’astronomie occidentale n’a cessé d’occuper la première place mondiale tout en faisant jouer un travail en réseau à travers toute l’Europe.
On peut citer l’Observatoire de Paris (1667) dont le premier directeur fut l’italien Cassini. Dès sa création, Cassini, le danois Romer, le hollandais Huygens, les anglais Halley et Newton prirent l’Observatoire comme témoin de leurs discussions passionnées sur le problème de la vitesse de la lumière. Les grandes controverses entre astronomes et physiciens ainsi que les découvertes majeures des deux siècles qui suivirent se sont passées dans les Observatoires de Paris, de Copenhague, d’Helsinki, de Saint-Pétersbourg ou au Royal Greenwich Observatory pour nommer les plus connus d’Europe.
Puis avec le XXème siècle arrive le déclin de l’astronomie dans notre région du monde et l’émergence du Nouveau-Monde comme puissance des sciences de l’univers. On explique ce phénomène par l’installation d’éclairages urbains sur les sites des observatoires, alors que dans le même temps des investisseurs américains créaient des installations plus modernes situées dans des sites plus appropriés (réfracteur Yerkes de 1m en 1897, télescope de 1,5 m du Mont Wilson en 1908, réflecteur Hooker de 2,5 m en 1917 qui permit à Hubble l’observation des « nébuleuses »). Sur le Vieux-Continent, ce sont deux guerres mondiales qui ravagent les installations en place et ruinent les moyens de la recherche.
Pourtant, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’astronomie européenne se reconstitue jusqu’à prendre un place prépondérante à la fin de ce XXème siècle.
A son actif, elle affiche :
- la première détection d’une exoplanète
- l’atterrissage de Huygens sur Titan
- la preuve de l’existence d’un trou noir super-massif au centre de notre galaxie
- la découverte des arcs gravitationnels autour des amas de galaxies
- la preuve que les sursauts gamma résultent de l’explosion d’étoiles.
Pour arriver à ce niveau, l’Europe s’est appuyée sur deux organismes principalement :
. L’Européan Southern Observatory – ESO – Observatoire Européen Austral (observation sol)
. L’Européan Spatial Agency – ESA- Agence Spatiale Européenne (observation spatiale)
Consciente qu’une telle réussite est due à une concertation et à une structuration des moyens matériels et humains, l’Europe a décidé de réfléchir sur l’avenir de son activité en créant un ERA-net (programme de développement scientifique et technologique financé par l’Union européenne et activé pour une durée de quatre ans) portant le nom d’« Astronet ».
C’est l’INSU qui est à l’initiative de cette proposition, et le projet a été porté devant les décideurs européens par un groupement d’agences et de ministères de la Communauté.
Opérationnel depuis le 1er septembre 2005, Astronet est coordonné par l’astronome française Anne-Marie Lagrange (Directeur de recherche au CNRS-Laboratoire d’astrophysique à l’Observatoire de l’Université Joseph Fourier à Grenoble // Exoplanètes, projets à l’ESO, disques protoplanétaires).
Aujourd’hui, c’est un groupement de dix-sept agences de financement qui s’est donné comme objectif, au travers d’Astronet, de consolider la place de l’Europe comme leader mondial de l’astronomie.
Ses objectifs sont les suivants :
- Etablir un plan à long terme pour le développement de l’astronomie dans les domaines de toutes les longueurs d’onde du spectre électromagnétique, jusqu’aux ondes gravitationnelles et aux particules cosmiques.
- Coordonner certains programmes de recherche européens.
Pour les atteindre, Astronet s’est fixé quatre domaines de travail :
- Un « networking » : il s’agit de développer les échanges d’informations entre partenaires.
- L’établissement d’un état des lieux et un prospective sous le nom d’ « Une vision de la science pour l’astronomie européenne ».
- Rédiger une feuille de route définissant le plan de développement des infrastructures nécessaires – sol et espace - à la réalisation de cette prospective et les mécanismes d’actualisation de cette feuille de route.
- Réaliser un audit des points critiques de l’astronomie en Europe pour aboutir à un appel à proposition.
Sur le plan structurel, la prochaine grande étape d’Astronet avant son échéance existentielle (31 août 2009) est la décision qui sera prise en septembre 2008 pour donner une suite à ce dispositif.
C’est dans ce contexte qu’après deux ans de travail, un forum web et un symposium qui a rassemblé 228 chercheurs de 31 pays différents cette année à Poitiers qu’est né le document qui fait l’objet de cette présentation : « A science vision for Européan astronomy ».
Les grandes questions de l’avenir y sont précisées :
- Sommes-nous en mesure de définir et de résoudre les extrêmes de l’univers ? Cette question porte sur la matière noire et sur l’énergie sombre, sur les trous noirs, les étoiles à neutrons et les sursauts gamma.
- Comment se forment et évoluent les galaxies ?
- Quelles sont les origines et les évolutions des étoiles et des planètes ?
- Quelle est notre place dans ces schémas d’évolution ?
On peut souligner le caractère transversal de chacun de ces thèmes qui font appel, bien au-delà de l’astronomie traditionnelle, à de nombreuses disciplines, dont la physique et la biologie pour n’en citer que deux.
En conséquence de cette projection, « science vision » identifie les principales nouvelles technologies et structures qu’il va falloir développer. La simulation numérique est au premier rang de ces technologies nécessaires. Elle nécessite des ressources informatiques de très haute performance pour l’archivage et le traitement des données. Le groupe de travail préconise le développement de l’ »Observatoire virtuel européen » qui est déjà en voie de création.
Si le document prévoit de nouveaux moyens d’observation, ce qui est assez prévisible, il faut remarquer cette incitation au développement d’outils théoriques puissants.
Cette « vision de la science pour l’astronomie européenne » rédigée et publiée, il reste à écrire « la feuille de route » qui devra être présentée en juin 2008, lors d’un colloque à Liverpool. Celle-ci ne sera pas figée pour les deux décennies qu’elle entend orienter, mais comprendra en elle-même les moyens de se réviser en fonction des avancées technologiques et scientifiques.
La difficulté reste d’obtenir un accord entre les partenaires sur les priorités.
Tout ce travail est bien caractérisé par une courte phrase de Tim de Zeeuw, de l’Observatoire de Leiden en Hollande et qui a présidé ce groupe « science vision » : « la solidarité est une nécessité ».
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22 octobre 2007.