Une deuxième vie pour des petits articles diffusés sur Radio 16 dans l'émission "Les Rendez-vous d'Uranie". ... Et finalement, quelques autres travaux sur l'astronomie.
Les nouvelles de l'espace
Si j’évoque le mot « luth » (au masculin), on comprendra que je parle d’un instrument de musique à cordes pincées. Si je dis qu’il est question d’astronomie, il faut comprendre qu’il s’agit d’un acronyme pour désigner le « Laboratoire Univers et Théories ».
Situé à Meudon, site de l’Observatoire de Paris, ce Laboratoire de l’Univers et de ses Théories regroupe une soixantaine de chercheurs «dont l’activité principale est la modélisation [ …] des systèmes astrophysiques ».
Cette unité du CNRS est discrète, mais elle a été l’objet d’un coup de projecteur donné le 12 mars dernier à l’occasion d’une récompense décernée à l’un de ses astrophysiciens : Jean-Pierre Luminet. Il a reçu le prix du meilleur communicant scientifique européen de l’année.
C’est l’occasion de citer un astronome qui est productif dans son domaine de recherche tout autant que dans son activité de diffusion des sciences de l’espace.
Pour situer le personnage, il suffit de reprendre les propos du jury européen qui a salué : « un communicant scientifique exceptionnel. A travers l’édition, la télévision, les expositions, la musique et d’autres arts, il délivre des informations accessibles de la plus haute qualité, et communique sa fascination pour la recherche scientifique à des publics de tous âges et de toutes cultures ».
Outre l’hommage qu’on peut rendre à ce serviteur de la connaissance, on ne peut que vous inciter à lire ses livres passionnants et instructifs. Il y en a pour tous les goûts !
Avec « L’Univers chiffonné », vous lirez un best-seller ou Jean-Pierre Luminet développe sa vison de la forme de l’Univers, pour les mordus de cosmologie.
Les amateurs d’histoire trouveront leur compte dans une série de romans (dont une trilogie nommée « Les Bâtisseurs du Ciel ») : Au fur et à mesure des pages et des volumes, vous vivrez avec Euclide, Copernic, Tycho Brahé, Kepler et vous découvrirez comment notre vison du ciel est une prodigieuse construction humaine.
Enfin, les poètes ne manqueront pas l’anthologie « Les poètes et l’Univers » où Jean-Pierre Luminet a balayé l’espace et le temps pour recueillir des textes littéraires inspirés par Uranie.
Voilà des « nouvelles de l’espace » qui parlent d’un terrien ! Sa récompense était une bonne occasion de le signaler à votre attention.
Comment se fabriquent les planètes ?
Une équipe d’astronomes basés aux Etats-Unis, en Allemagne et en Ouzbékistan vient de publier une étude (Nature) qui confirme, par l’observation, le processus imaginé jusqu’alors de formation des planètes. Comme pour les étoiles, on pense que les planètes naissent à la suite d’une concentration de gaz.
Dans certains cas, ils se condensent en formant des poussières. Ces poussières s’agglomèrent pour former des grains de sable microscopiques, et ainsi de suite jusqu’à l’épuisement de la matière ambiante.
Ce scénario a pu être observé à la suite de l’analyse de données rassemblées pendant douze ans par une douzaine d’observatoires dont les plus célèbres sont le Keck Observatory d’Hawaii et le VLT du Mont Paranal au Chili.
La recherche s’est portée sur l’étoile double KH- 15D dans la constellation de la Licorne. Situées dans la nébuleuse du Cône, à 2400 A-L, ces étoiles ne sont âgées que de trois millions d’années environ.
La perspective visuelle particulière qu’on a de la Terre de KH-15D a permis d’étudier un disque de sable qui orbite autour de l’une des deux étoiles sans être ébloui par les deux soleils locaux.
La limite de cette observation est celle des instruments : le positionnement de ce disque de sable n’a pas pu être situé par rapport à son soleil : la planète en formation est-elle dans une zone comparable à celle qui est occupée par la Terre, ou bien à celle qu’habite Jupiter ?
Pour rester dans les systèmes planétaires, nous allons faire un tour du côté de Saturne où la sonde Cassini nous apporte régulièrement des informations sur la planète aux anneaux.
On peut rappeler que Cassini est une sonde lancée le 15 octobre 1997 de Cap Canaveral, qu‘elle est arrivée en orbite de Saturne le 1er juillet 2004 et que la fin de sa mission était prévue initialement pour le 30 juin 2008. En fait, considérant ses réserves en carburant, la NASA et l’ESA ont décidé une prolongation d’activité de deux ans.
Au cours d’un de ses survols du plus gros satellite de Saturne : Rhéa, Cassini vient de nous révéler l’existence d’un anneau.
On connaît bien les anneaux de Saturne, visibles depuis la Terre avec une petite lunette. On sait que toutes les planètes géantes gazeuses du Système solaire en sont pourvues, mais c’est la première fois qu’un disque de matière est détecté autour d’un satellite.
Celui-ci serait composé d’éléments solides d’une taille allant de quelques centimètres à un mètre environ et serait organisé en trois zones – trois anneaux concentriques en quelque sorte -. Son épaisseur est trop petite pour avoir été révélée par une observation optique ; c’est l’anomalie magnétique enregistrée par les instruments de Cassini qui sont à l’origine de cette découverte.
Non loin de Rhéa, en s’éloignant un peu de Saturne, on rencontre Titan, le satellite le plus éloigné.
On se souvient de l’arrivée de l’atterrisseur « Huygens » le 14 janvier 2005 sur Titan : la radio diffusait le son venant de ce monde étrange et deux premières images du sol étaient très vite accessibles sur Internet.
L’objectif principal de la mission était l‘analyse de l’atmosphère. On supposait qu’elle était constituée de méthane et d’azote essentiellement, d’ammoniac aussi, et tout cela à une concentration telle qu’on estimait la surface recouverte d’un océan d’un kilomètre d’épaisseur.
L’exploration de la surface de Titan n’a donc pas été envisagée par l’ESA en charge du programme.
C’est pourtant sur un sol dur que Huygens s’est posée, et après avoir pourtant traversé une atmosphère saturée comme prévu !
Des chercheurs de Besançon et de Grenoble viennent de proposer une explication : Titan serait enveloppé d’une couche poreuse de cryolave qui emmaganiserait les composants liquides du satellite de Saturne. Cette porosité serait due aux échanges de gaz entre le sous-sol et la partie aérienne. Les deux astrophysiciens de l’UTINAM (Univers, Transport, Interfaces Nanostructures, Atmosphères et Environnement, Molécules) ont estimé qu’il suffirait qu’elle soit de 10% avec une couche d’une épaisseur ne dépassant pas 2300 mètres pour contenir tous les hydrocarbures liquides produits par Titan depuis le début de son histoire.
La chimie du satellite saturnien, très différente de celle que nous connaissons sur Terre, nous offre des perspectives de scénarios qui, pourtant, permettent de mieux comprendre notre propre histoire géologique, et pourquoi pas, biologique.
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